Réhabilitons Messier 44 ! (vraiment ?)

Établir une hiérarchie des objets célestes est un exercice délicat. Un mélange subtil d’éléments que nous qualifierons d’objectivement mesurables, comme la luminosité ou la taille apparente, et quantité d’éléments totalement subjectifs – les plus nombreux ! – évidemment impossibles à mesurer, comme l’esthétique, l’intérêt historique, scientifique, sans oublier les anecdotes propre à chaque astronome … Chacun restera juge.

A ce jeux, je n’aurai aucun mal à attribuer la note maximale à des objets célestes comme la Nébuleuse d’Orion ou au Double-Amas de Persée ; je serai sans doute beaucoup moins généreux à l’égard d’une obscure galaxie elliptique perdue dans l’Amas de la Vierge …

L’Amas de la Crèche figure pour sa part dans une espèce d’entre-deux : tout à la fois trop évident, et pour autant pas assez spectaculaire à mon goût. Cet objet céleste est d’ailleurs devenu une sorte de blague récurrente entre mon ami Jérémy et moi-même. Il est donc temps pour moi de réhabiliter (un peu) le quarante-quatrième objet du catalogue de Charles Messier.

Messier 44 au Seestar S50

Un peu de Wikipedia, pour commencer : Messier 44 est un amas ouvert situé au cœur de la constellation du Cancer – mais ne le blâmons pas pour ça, ce n’est vraiment pas sa faute. Il faut s’appuyer sur Régulus d’un côté, Castor et Pollux de l’autre, et viser au milieu, faute d’étoiles brillantes dans la constellation dans le Cancer – aucune ne dépasse la mag. 3.5 ; un point de moins sur la note artistique. L’amas se trouve entre Asellus Borealis (étoile de mag. 4.6) et Asellus Australis (de mag. 3.9).

Sous un ciel péri-urbain, il faut vraiment avoir de bons yeux pour repérer M 44. Mais en s’appuyant sur les deux étoiles pré-citées, il est déjà possible de situer la zone, et d’envisager des observations plus ambitieuses.

Derrière mes “hiboux” – des jumelles 2 x 54 à très grand champ – M 44 apparaît comme une tache floue piquetée d’étoiles, perdue dans un champ par ailleurs assez pauvre. Mais les choses se précisent.

Changeons d’instrument, et troquons les Hiboux contre mes fidèles jumelles 10 x 50. Cette fois, les étoiles se distinguent nettement : on en compte pas moins d’une vingtaine. Au cœur de l’amas, un ensemble d’une dizaine d’étoiles dessine la lettre “V”, rappelant la tête de la constellation du Taureau. C’est à ce grossissement que l’amas se détache le mieux d’un environnement qui a gagné quelques étoiles.

Dans ma lunette de 60, à un grossissement de 30x, les étoiles se font maintenant beaucoup plus nombreuses : j’en compte une soixantaine, et j’imagine que l’on peut atteindre la centaine sous un ciel de campagne. Mais le champ plus resserré fait perdre l’effet de contraste avec le ciel alentour. Inutile d’envisager de grossir davantage.

A travers ces différents instruments, M 44 nous oblige donc à un compromis d’équilibriste entre champ large et champ détaillé. Un compromis forcément frustrant – un point de moins sur la note technique.

En conclusion, où situer Messier 44 dans ma hiérarchie céleste ? Il lui manque ce petit quelque chose, comme une étoile colorée qui se démarque, ou une petite nébuleuse dans le voisinage, pour le transformer en incontournable du ciel… Plus frustrant que véritablement spectaculaire, l’amas de la crèche reste donc cet objet céleste … que j’adore détester !

Février 2026 – le Soleil crépite encore !

Après deux années fastes, certains astronomes craignaient de voir l’activité solaire s’essouffler… Et pourtant, après les aurores de janvier, un magnifique groupe de taches solaires est venu nous rappeler toute cette semaine que notre étoile crépite encore !

L’activité solaire de ces derniers jours s’est concentrée sur la région AR4366, un énorme groupe de taches long de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres, à l’origine d’une demi-douzaine d’éruptions solaires majeures. Coup de chance, la météo, particulièrement humide et maussade depuis le début de l’année, a su se montrer un peu plus clémente ; j’ai ainsi pu photographier la surface du Soleil peu après l’une de ces éruptions. Le Soleil était alors relativement haut dans le ciel – aussi haut qu’il puisse être un 2 février… – et l’éruption apparaît sous la forme de l’entrelacs de filaments brillants, visibles à gauche de l’image.

Le Soleil en H-Alpha, le 2 février 2026, vers 11h40 – Coronado 70

J’espérais pouvoir y revenir le surlendemain – le mercredi 4 février – à la faveur d’une éclaircie annoncée en milieu de journée. Mais l’éclaircie espérée a pris son temps, et n’est arrivée qu’à 16h30. Le Soleil se rapprochait alors de l’horizon, tutoyait le toit des maisons et rencontrait des conditions atmosphériques particulièrement médiocres. J’ai toutefois pu sortir une série d’images avant que le Soleil ne se cache derrière les caténaires du tramway :

La région AR4366, le 4 février 2026, vers 16h30 – L80/600 et hélioscope Baader

Me restait une – ultime ? – opportunité d’observation à saisir le samedi 7. N’étant pas au planétarium, mais dans mon jardin, j’allais cette fois devoir composer avec la hauteur du toit de la maison du voisin et les fréquents passages nuageux pour réussir à immortaliser ce groupe de tache décidément incroyable ! En trois jours, l’évolution est saisissante :

La région AR4366, le 7 février 2026, vers 15h – L100/900 et hélioscope Baader

La vue d’ensemble, réalisée dans la foulée permet de se représenter la taille du groupe. Et le champ large témoigne, là encore, de l’activité intense du Soleil : on compte près d’une dizaine de taches ou groupes de taches à la surface de notre étoile.

Le Soleil, le 7 février 2026, vers 15h – L61/360 et hélioscope Baader

Preuve que le Soleil n’est pas mort … et je serais étonné qu’il ne nous réserve pas d’autres surprises pendant cette année 2026 !