Malgré sa mécanique généralement bien huilée, l’astronomie sait parfois nous offrir des moments qu’on ne voit pas venir. La soirée – magique ! – du 19 janvier 2026 en est la parfaite illustration.
Tout commence quelques poignées d’heures plus tôt, à 150 millions de kilomètres d’ici. La veille, le Soleil balançait dans l’espace un énorme paquet de protons, dirigé droit vers la Terre. En général, il faut compter 48 bonnes heures pour couvrir la distance … mais l’éruption est, pour le coup, du genre pressé.
Et dans la journée de lundi, les boréalistes s’agitent, évaluent les prévisions, pèsent et soupèsent, essaient de déterminer le moment précis où l’éruption atteindra la Terre. Je reste pour ma part assez éloigné de cette agitation : la journée a été dense, il fait froid, je suis fatigué et davantage poussé à rejoindre mon canapé qu’un coin de campagne exposé au vent de janvier. Je ne sens d’ailleurs pas beaucoup plus d’entrain du côté de mes amis astronomes.
« Amber Alert« , me dit mon téléphone. Bon. Je jette un œil sur le ciel – c’est globalement couvert. Depuis le jardin, rien de bien visible ; et les prévisions météo ne semble pas annoncer d’amélioration. Je laisse filer.
« Red Alert« . Ah. Je refais un point sur la météo et sur la motivation de mes camarades. Tombe alors un « High Red Alert« , en même temps que les premiers témoignages et les premières images depuis les côtes bretonnes.
Puis vers 22h, les notifications s’affolent. Le Kp est monté à 9, le Bz est négatif, le vent solaire est rapide et particulièrement dense. « Very High Red Alert« … Je ne savais même pas que ce niveau d’alerte existait !
Grisé par la peur de passer à côté de quelque chose de grand, je charge un peu de matériel dans un sac, et met le cap au nord de Reims, à la recherche d’un coin de ciel dégagé. Me voilà au hameau des Maretz, un peu en-dessous de Merfy, au pied d’un arbre que je connais bien pour l’avoir intégré dans bon nombre de mes photos astronomiques.
Et à peine sorti de la voiture, je suis cueilli par de gigantesques lueurs vertes qui repeignent le zénith ! Incroyable !
L’apparition ne dure pas dix secondes. Une autre lui succède quelques instant plus tard, un peu moins étendue. Comment décrire ce que je vois ? On pourrait penser à des nuages éclairés par de gigantesques spots. Et cette couleur … Rien que pour ça, j’ai bien fait de sortir !
J’installe le téléphone sur le toit de la voiture pour une première pose photo. A l’écran, c’est tout rouge … et vert. A l’horizon, ce vert est d’ailleurs parfaitement visible à l’œil nu.
Deux autres taches brillantes se succèdent au-dessus de ma tête, et disparaissent. Je n’en verrai pas d’autres, mais j’ai eu la chance d’arriver au moment le plus fort de l’orage, comme je le découvrirai plus tard.
Le ciel reste voilé ; Je tente d’insérer l’arbre du hameau dans le cadre de mes poses photographiques.
Aux halos colorés de l’aurore viennent se mélanger les halos colorés de la pollution lumineuse. avant que les nuages, de plus en plus nombreux, ne viennent tirer le rideau sur cette soirée haute en couleurs !
Ce soir, à la carte de mon restaurant étoilé, du classique, rien que du classique… Du beau classique, peut-être, sans doute, mais rien que qui ne surprendra votre regard.
Oui, si vous cherchez de l’inattendu… de la surprise dans mes images, il faudra revenir me voir un peu plus tard. Il faut dire que le menu du jour a été préparé entre deux réveillons, entre le foie gras et la bûche aux fruits rouges, un verre de blanc liquoreux dans une main, et le téléphone dans l’autre.
Pendant toute cette semaine, je ne suis même pas sûr d’avoir vraiment regardé les étoiles. Je me suis contenté de déléguer la préparation des mes petits plats à mon Cookéo astronomique, lui donnant quelques indications sommaires. Mon travail s’est limité à l’assaisonnement et au dressage final.
Les classiques ont toutefois leur vertu, à commencer celle-ci : ne pas décevoir. Enfin j’espère !
J’ai décidé d’attaquer l’apéritif avec quelque chose de pétillant. Un truc frais et léger en bouche :
Messier 35, NGC 2158 & IC 2157 (tout en bas), mosaïque de 558 poses de 10″
De fines bulles… et de jolies couleurs ! Messier 35, c’est un amas immense, un coin de ciel que j’adore observer en champ large, afin de mieux en saisir la profondeur et les perspectives : Messier 35 est à plus de 2 500 années-lumière… mais NGC 2158, avec ses étoiles orangées, est situé pour sa part à plus de 15 000 années-lumières ! Déjà un début d’ivresse !
Histoire de faire passer les fines bulles, j’ai choisi l’audace pour le plat de résistance : du cheval !
NGC 2024 (la Feuille d’érable) et IC 434 (la Tête de Cheval), mosaïque de 250 poses de 10″
Le coin de ciel, je le connais également assez bien. La présence de la brillante étoile Alnitak rend l’observation NGC 2024 plutôt délicate, mais avec un peu de diamètre et un bon ciel, ses contours sont évidents. En revanche, je me suis bien des fois cassé le nez sur la Tête de Cheval, sans jamais réussir à la repérer de manière certaine.
J’avais imaginé accompagner mon cheval de quelque chose de simple : quelques fagots d’étoiles. Manque de vigilance de ma part – l’effet probable des fines bulles – j’ai laissé cramer ma première fournée à la lumière d’un lampadaire. Résultat : 40 minutes d’images collées au fond de la casserole, et bonnes à jeter à la poubelle… Il a fallu que je recommence, à feu plus doux …
Le double-amas de Persée, mosaïque de 284 poses de 20″
Je ne sais pas si le Double-Amas est le coin de ciel que je connais le mieux, mais c’est probablement celui qui m’a offert l’un de mes plus grand vertiges astronomiques. C’était il y a quelques années (je n’ose pas compter combien), je l’observais au Dobson, alors qu’il était bas sur l’horizon, et j’ai emprunté l’Ethos de 13mm de Denis – un véritable hublot ouvert sur le ciel étoilé … et j’ai véritablement eu l’impression de tomber dans le champ étoilé ! Une sensation incroyable. Une authentique plongée dans les étoiles !
Là-dessus arrive le plateau de fromage. Et pour le coup, j’ai choisi du bleu. Pas un brebis, mais du … taureau.
Les Pléiades, mosaïque de 489 poses de 10″
Maintenant, je ne suis pas connu pour être un grand amateur de fromage – surtout pas de bleu, et ne parlons pas du taureau – et j’espère qu’on excusera mon choix un peu fade : mes Pléiades manquent un peu de finesse et de caractère… Mais je compte bien me rattraper avec le dessert !
Pour finir ce repas de réveillon, je n’ai pas cherché la sophistication. Histoire de contenter tout le monde, je savais qu’il fallait miser sur de la légèreté, du sucré mais pas trop, un peu de croustillant et la touche d’acidité du fruit rouge … une nébuleuse d’Orion ferait parfaitement l’affaire !
La nébuleuse d’Orion, mosaïque de 338 poses de 10″
… l’équilibre entre la crème et le fruit n’est pas facile à trouver, et j’ai dû jouer autant de la poche à douille que du mixeur pour sortir une image qui ne soit pas dégoulinante de coulis de fraise. Nous arrivions tranquillement à la fin du repas. Nous restait encore un fond de vin blanc liquoreux à finir pour digérer tout ça. Et mes convives étaient ravis !
Distrait par la comète Lemmon pendant tout le mois d’octobre, je retrouve un ciel étoilé que j’avais un peu négligé depuis cet été. Un ciel fait d’amas d’étoiles et de nébuleuses improbables. Mais histoire de ne pas me perdre, je m’accroche, ce soir, aux étoiles familières de la constellation du Cocher.
La constellation du Cocher a ça de rassurant qu’elle est facile à repérer dans le ciel d’automne. Perchée très haut au-dessus de nos têtes pendant l’essentiel de nuits particulièrement longues, elle est marquée par une demi-douzaine d’étoiles brillantes, Capella en tête. Immanquable !
A l’intérieur de l’hexagone (approximatif) dessiné par les étoiles du Cocher, les amas d’étoiles se cueillent en grappes épaisses : M 36, M 37, M 38 et quelques autres … Voilà mon programme !
Me voilà donc à Aussonce, sous un ciel sans nuage et un froid que nous qualifierons de saison – un petit degré affiché au thermomètre, rien de bien inhabituel à un mois du début de l’hiver. Sur l’horizon ouest, la Voie Lactée joue les prolongations estivales, tandis qu’à l’opposé, Orion et Jupiter se lèvent déjà.
En attendant que Jérémy me rejoigne, je cale le Seestar et monte le Dobson de 250mm. Un coup d’œil sur Saturne me permet de réaliser que le télescope est décollimaté. Un autre coup d’œil au fond de mon sac (là où se trouvent d’ordinaire les clés allen) m’apprend qu’il le restera. On fera avec.
Messier 38 et NGC 1907, son petit voisin, sont mes premières cible de la soirée. Il faut un peu d’espace pour les faire tenir dans le champ d’un oculaire. Je sors le Pentax de 21mm, ça rentre tout juste …
Messier 38 & NGC 1907 au Seestar S50, 19 minutes de pose
M 38 est très large ! A l’oculaire, on compte une bonne trentaine d’étoiles brillantes. NGC 1907 est plus discret, plus petit, moins brillant. On compte tout de même une vingtaine d’étoiles visibles en vision directe.
Le voyage jusqu’à Messier 36 est on ne peut plus simple : une simple bascule du télescope vers le bas, sans trop pousser, et nous y voilà :
Messier 36, 5 minutes de pose
L’amas est un peu plus ramassé que M 38. Il compte moins d’étoiles – environ 25 – mais elles sont plus brillantes.
Je reste encore un peu dans l’hexagone, et prends la direction de NGC 1893, situé à côté de M 38. C’est un amas ouvert assez lâche, qui compte une douzaine d’étoiles bien visibles. Sur l’image prise au Seestar, l’amas semble coincé dans un ensemble de nébuleuses obscures et colorées :
NGC 1893 (l’amas) et IC 410 (la nébuleuse), en 6 minutes de pose
Derrière l’oculaire, l’amas semble plongé dans une cave obscure, et tout autour, quelques nébulosités aux contours indistincts sont visibles. En dehors du champ, un peu plus haut, on retrouve une grappe d’une dizaine d’étoile brillantes. Il faudra y revenir !
Je termine ce rapide tour du Cocher avec Messier 37, et son tapis d’étoiles :
Messier 37, 6 minutes de pose au Seestar S50
Les étoiles de cet amas sont peu brillantes, mais forme un tapis épais. Je compte environ 40 étoiles à l’oculaire.
D’autres objets célestes viendront enrichir cette soirée ; des classiques comme la nébuleuse du Crabe ou la nébuleuse d’Orion ainsi quelques jolies galaxies… mais très vite, les conditions vont se dégrader : l’humidité vient se coller aux optiques et nous refroidir les orteils. Mais j’ai déjà prévu de revenir très vite vers le Cocher, notamment pour poursuivre (et améliorer !) mes images un peu brouillonnes. Une affaire à suivre !
Si je devais dresser aujourd’hui le bilan cométaire de plus de trente années d’observation du ciel, je constaterais que celui-ci est plutôt maigre. En remontant le fil de mes archives, je recense deux douzaines de comètes ; et celles qui ont laissé un souvenir précis dans ma mémoire se comptent sur les doigts d’une main. Comme Hyakutake, en 1996, Hale-Bopp l’année suivante, ou Neowise, en 2020. Ces trois comètes, dont la chevelure était visible à l’œil nu, étaient particulièrement spectaculaires. La comète Holmes, à l’automne 2007, avait également fait forte impression, mais davantage à cause de son aspect curieux – un sursaut d’éclat, de l’ordre de 14 (!!!) magnitudes lié à une jolie éjection radiale, qui lui donnait un aspect de boule de Noël avant l’heure. J’en avais réalisé quelques jolis dessins.
Je dois également mentionner la comète Ikeya-Zhang, passée pas loin de la Terre en 2002. A l’époque, je me souviens avoir pas mal bataillé avec mon réveil et des nuages insistants pour finalement réussir à la photographier.
La comète Lemmon, que j’ai observé quatre reprises en cet automne, appartient assurément à cette dernière catégorie – le genre d’objet céleste qui oblige à se lever à des heures peu raisonnables, et à affronter des conditions météorologiques délicates.
Mon histoire avec Lemmon commence le 1er octobre, de très bonne heure. A cet instant, Lemmon est encore loin – à environ une unité astronomique de la Terre et du Soleil – et se promène devant les étoiles de la constellation du Lynx. Le Lynx … Pas exactement la constellation la plus riche en objets célestes remarquables, d’ordinaire. Au début du mois d’octobre, le Lynx n’est visible qu’en deuxième partie de nuit. Pour m’inciter à régler mon réveil sur les 4h pour aller à la chasse au félin à moustaches, il faut donc trouver la motivation au-delà des objets célestes qui se cachent habituellement dans ce coin de ciel.
La motivation viendra des images glanées ça et là sur le net : Lemmon semble promettre un joli spectacle !
Le 30 septembre au soir, je me livre à de savants calculs, visant à déterminer l’heure exacte à laquelle la comète franchira le faîte du toit de la maison, depuis le fond de mon jardin. L’heure établie, je prépare mes instruments et quelques vêtements chauds, et vais me coucher, en espérant trouver un ciel dégagé au réveil.
L’heure du réveil – il est 4h… – me fait espérer un ciel couvert … pour aller aussitôt me recoucher, mais la météo est joueuse, et le ciel est dégagé. Bon, tant pis, je vais laisser la couette refroidir… J’installe le Seestar, la lunette de 60mm, et sans erreur possible, je vois très vite une boule brillante apparaître à l’écran : la comète est là, brillante, légèrement verdâtre ; un bout de queue apparaît déjà sur les images brutes. Je laisse les poses s’accumuler, et en profite pour tenter de repérer la comète à la lunette.
Aidé par le large champ, le cheminement est plutôt simple : la comète est visible, mais reste discrète (ne perdons pas de vue que nous sommes à Reims, au milieu des lumières des lampadaires…). A l’écran, la silhouette de Lemmon s’étire doucement… La comète se déplace très vite ! Il est maintenant presque 6h, j’ai près de 90 minutes d’images derrière moi, et à peu près autant de minutes de sommeil devant, avant mon deuxième lever de la journée.
Il faut attendre le 12 octobre pour mon deuxième rendez-vous avec Lemmon – onze jours à attendre patiemment que la Lune, la comète et les nuages se mettent à la place que je leur ai assignés dans ma tête. Lemmon s’est rapprochée de la Terre et du Soleil ; elle est désormais dans les pattes arrières de la Grande Ourse, et visible en première partie de soirée, alors que la Lune se trouve maintenant dans la direction exactement opposée. Me voilà donc parti sur les hauteurs de Saint-Masmes pour ce deuxième rendez-vous.
Cette fois, c’est la météo qui va me compliquer la tâche… Le ciel est sans nuage, mais chargé d’un tel niveau d’humidité que la moindre lumière terrestre se transforme en prodigieux halo, qui monte très haut au-dessus de l’horizon. Et, grossière erreur de positionnement de ma part, Lemmon se trouve précisément dans les lumières de la sucrerie de Bazancourt, probablement la pire source de pollution lumineuse qui puisse affecter mon spot…
A la lunette, le repérage de Lemmon est difficile, la comète n’est pas mieux visible que depuis Reims onze jours plus tôt. Au Seestar, les images sont un peu plus détaillées, et le déplacement devant les étoiles semble plus rapide.
Dans les jours qui vont suivre, la météo va s’avérer compliquée, avec des prévisions à moyen terme qui semblent indiquer que nous nous orientons vers un temps « de saison » – façon de dire qu’il va pleuvoir ! Il s’agit donc de saisir les opportunités avant que la fenêtre d’observation favorable ne se referme… et tant pis si l’opportunité suivante doit me valoir un nouveau réveil au beau milieu de la nuit !
Nous voilà donc le samedi 18 octobre, il est 4h quand mon réveil me tire du lit, et Jupiter, bien brillante à travers la fenêtre, m’annonce que je ne retournerai pas me coucher de suite. J’empile quelques épaisseurs de vêtements chauds, charge le matériel dans la voiture et prends à nouveau la direction de Saint-Masmes.
Lemmon a quitté la Grande Ourse et se trouve désormais dans les Chiens de Chasse. Au moment où j’installe mes instruments, Orion est plein sud, et haute dans le ciel. Mais à l’horizon, les nappes de brumes glissent autour de moi, s’attardent un peu – sans doute intriguée par mon curieux manège – puis s’éloignent.
La Lune se lève dans la brume, le 18 octobre
Lemmon flotte au-dessus du brouillard, de plus en plus brillante, et désormais bien visible aux jumelles. Sa chevelure se développe sur une bonne moitié du champ de mes 10×50, malgré sa faible hauteur.
Au Seestar, une fine queue de plasma trace un trait qui sort largement du cadre. En balayant le ciel à l’œil nu, en-dessous de Cor Caroli, je parviens même à la repérer en vision décalée, confirmant qu’elle est bien visible à l’oeil nu … mais c’est juste !
J’accumule encore quelques dizaines d’images brutes, matière à ce que pense alors être ma dernière image de la comète Lemmon. En réalité, je la saisirai une dernière fois au Seestar le 2 novembre, depuis mon jardin rémois.
La comète Lemmon, du 1er octobre au 2 novembre, au Seestar S50
Au terme de ces quatre rendez-vous parfois compliqués, Lemmon a finalement rejoint le club fermé des comètes qui m’auront marqué. Elles se comptent désormais sur les doigts … de mes deux mains.
Aujourd’hui, nous n’allons pas lever la tête très haut : nous allons traverser le Capricorne, le Verseau, puis remonter vers le bas de la constellation de Pégase, et finirons dans le Dauphin.
Cette première promenade automnale nous emmène dans un coin de ciel qui n’est pas forcément le plus spectaculaire. A sa décharge, il arrive après le feu d’artifice estival qui nous voit nous perdre entre les nébuleuses colorées et les amas d’étoiles dispersés entre le Triangle d’été et le Sagittaire.
Notre périple commence près du Capricorne. Ses étoiles principales (douze étoiles sont de mag. inférieure à 4,5) dessinent une curieuse créature que les esprits les plus imaginatifs décrivent comme une chèvre à queue de poisson. Je dois pour ma part manquer considérablement d’imagination, ne voyant pour ma part .. qu’un bol. Mais ces douze étoiles seront suffisantes pour nous aider à repérer nos premiers objets célestes.
Messier 75 : notre premier objet n’appartient pas au Capricorne, mais au Sagittaire. Toutefois, compte-tenu de sa distance aux étoiles les plus brillante du Sagittaire, il sera plus facile de tenter de le repérer en partant de Beta Capricorne. M 75 compte environ 400 000 étoiles, et rentre dans la catégorie des « grobulaires ». Toutefois, sa grande distance – on est à près de 70 000 années-lumière – et sa position dans le ciel rendent son repérage délicat. Nous cherchons une petite boule floue accrochée aux brumes de l’horizon sud. Pas simple !
Messier 78 au Seestar S50, 15 min. de pose
Invisible au chercheur, M 75 apparaît au T250, à 100x, comme une petite boule floue, non résolue, avec un noyau assez marqué, dans un champ assez pauvre en étoiles. A 190x, l’amas commence à être résolu en vision décalée.
Messier 30 : moins massif que M 75- 240 000 masses solaires – mais beaucoup plus proche – 26 000 années-lumière – M 30 est une cible plutôt facile.
Messier 30 au Seestar S50, 14 min. de pose
Repérable assez simplement en partant de Dzeta Cap, il est déjà visible au chercheur. Au T250, à 100X, il est résolu sur sa partie extérieure en vision directe. Si on monte à 190x, il apparaît très étendu et finement résolu sur toute la surface. Le noyau est brillant, et deux trainées d’étoiles se détachent nettement. C’est un très bel objet !
Il est temps de s’éloigner un peu du Capricorne, et d’entamer un tour dans les étoiles du Verseau. La constellation est étendue, mais ses étoiles sont peu brillantes. Sadalmelik et Sadalsuud, les deux étoiles les plus brillantes de la constellation, visibles au-dessus du Capricorne, affichent une magnitude tout juste inférieure à 3… La silhouette du porteur d’eau tient donc là encore du symbolique.
Le premier objet rencontré dans le Verseau est la Nébuleuse Helix. Une nébuleuse planétaire qui sait, suivant les occasions, être spectaculaire … ou fantomatique. Basse sur l’horizon à nos latitudes, dans un coin de ciel qui compte peu d’étoiles brillantes, son repérage sans GoTo est souvent très aléatoire : Fomalhaut est à 10° plus au sud, Delta Capricorne 10° plus à l’ouest. Il faut donc cheminer en partant d’étoiles peu brillantes. Il arrive qu’on se perde en chemin…
Image … approximative … de la nébuleuse Helix, au Seestar S50
« Difficile » est le mot qui revient le plus souvent dans mes notes quand il s’agit de décrire l’aspect visuel d’Helix. Il m’est arrivé, une fois, de la repérer au chercheur, mais c’était sous un ciel exceptionnel. En général, au T250, Helix apparaît comme une tache grise particulièrement étendue, qui, selon son humeur, révèle plus ou moins de détails. Mais il faut tenter sa chance !
Messier 72 : remontons en traversant le Capricorne d’est en ouest, et prenons la direction du Verseau, pour poursuivre la thématique « globulaire ».
Messier 72, au Seestar S50, 18 min. de pose
Plus éloigné que M30, et surtout beaucoup moins massif, M 72 est évidemment moins spectaculaire. Mais sa hauteur offre un peu de richesse au champ dans lequel il se niche. Au T250, il n’est pas résolu à 100x, mais résolu en vision décalée à 190x. On peut le classer dans les objets « plutôt jolis ».
Faisons une impasse sur l’anecdotique Messier 73, et arrêtons nous sur NGC 7009, la « Saturn Nebula ». Située à trois petits degrés de M 72, elle est très facile à trouver en partant de cette dernière.
Très petite, elle est aussi très brillante, et s’illustre par un très fort effet « blink » : en vision directe, elle disparaît presque complètement ! Au T250, à 100x, les extensions à qui la nébuleuse doit son surnom sont tout juste visibles en décalé.
En partant de Beta Aqr, un petit cheminement d’étoiles, cinq degrés vers le nord nous conduit vers Messier 2, notre quatrième globulaire de la soirée. Dans les abords immédiats de l’amas, pas d’étoile remarquable.
Messier 2 au Seestar S50, 22 minutes de pose
M 2 apparaît comme une petite tache au chercheur. A 100x, c’est une grosse boule, dont les bords sont parfaitement résolus en direct. En vision décalée, l’amas est totalement résolu et forme un ensemble que je qualifierais de … duveteux. Le champ est riche en étoiles, mais aucune ne domine véritablement. On ne s’ennuie pas en tournant autour ! A 190x, M 2 reste très brillant, le piqué ressort davantage et l’amas semble plus étendu, le cœur est mieux résolu.
Changeons d’échelle : Messier 15, notre prochaine destination, est un énorme amas globulaire, qui pèse plus d’un million de masses solaires !
Sa grande taille facilite son repérage. Le cheminement vers M 15 est relativement simple : il suffit généralement de partir de la brillante Enif, à l’extrémité de Pégase, et de filer vers l’ouest. L’amas est déjà parfaitement visible au chercheur.
Messier 15 au Seestar S50, 46 minutes de pose
Au T250, à 100x, l’amas est entièrement résolu en vision directe, et sensiblement plus étendu que M 2. Quelques étoiles brillantes viennent enrichir le champ. A 180x, le noyau apparaît plus marqué, plus compact. C’est très certainement le joyaux de ce parcours !
Depuis M 15, nous allons remonter vers la constellation du Dauphin. La constellation est petite, et compte peu d’étoiles brillantes – Sualocin, la plus brillante, est de mag. 3.85 ; on compte par ailleurs quatre étoiles de magnitude inférieure à 4.5. Le Dauphin reste facile à retrouver en cherchant entre Enif et Altaïr.
Parmi les objets célestes remarquables dans la constellation, impossible de passer à côté de Gamma Del, magnifique étoile-double brillante, facilement séparée, même à faible grossissement. Les deux étoiles, respectivement de mag. 4.3 & 5, sont actuellement séparées de 9″, et se rapprochent doucement … car Gamma Del est une vraie double : les deux astres tournent l’un autour de l’autre en un peu plus de 3 000 ans.
Nous finissons ce tour du ciel avec un dernier amas globulaire : NGC 7006. Situé à 3° à l’est de Gamma Del, son repérage n’est pas très facile. Il faut dire que cet amas est loin … très loin … à environ 130 000 a.l. !
NGC 7006 au Seestar S50, 24 min. de pose
Baignant dans un champ riche en étoiles, l’amas apparaît au T250 comme une petite tache floue assez uniforme, qui se confond avec les étoiles brillantes qui l’entourent.
Sauf précision contraire, toutes les images ont été réalisées au Seestar S50, et sont présentées à la même échelle